Vous avez dit “gaspillage”?

Parmi l’arsenal de mesures “audacieuses” censées “sauver le système”, le bonus de pension occupe une place particulière. C’est en effet la seule mesure qui coûte plus cher que les économies qu’elle rapporte. Qu’à cela ne tienne: le gouvernement a décidé de la prolonger d’un an. Vous avez dit “absurde”?

Le bonus de pension, comme le rappelle le supplément “Mon argent”, consiste en une majoration forfaitaire du montant de la pension octroyée si le travailleur continue sa carrière après 62 ans. Le bonus s’élève à 2,2082 euros par jour de travail effectif pour les salariés et à 156 euros par trimestre pour les indépendants.

Le raisonnement à la base de cette mesure est le suivant: un travailleur qui poursuit ses activités après 62 ans continue à verser des cotisations sociales et ne reçoit, forcément, pas encore de pension. L’économie budgétaire ainsi réalisée est censée être plus élevée que la dépense consentie pour le paiement du bonus. Elle paraissait aussi moins difficile à faire accepter par les syndicats que celle du “malus de pension”, qui consiste à raboter la pension en cas de retraite anticipée.

Moins difficile à faire accepter, et malheureusement également totalement contre-productive. Une étude de l’économiste Marjan Maes, parue dans la revue “Regards Economiques”, s’est en effet penchée sur les résultats concrets du bonus de pension. Sa conclusion est sans appel:

Le “bonus de pension” n’augmente l’âge de départ à la retraite que de 0,3 année alors que des réformes de type “malus” augmentent l’âge de départ à la retraite de 1,1 années. Par ailleurs, alors que cette mesure a été adoptée pour améliorer la soutenabilité budgétaire du régime des pensions, le “bonus de pension” a pour conséquence de creuser le budget des pensions. Les recette fiscales supplémentaires générées par un bonus (sous forme de cotisations de sécurité sociale accuser et grâce à des périodes de retraite plus courtes) sont inférieures au montant global de bonus de pension à verser aux pensionnés pendant toute la période de leur retraite. Au contraire, les politiques de malus génèrent les effets budgétaires escomptés. 

Malgré cette condamnation sans appel (l’étude elle-même est fort bien documentée et accompagnées de modèles chiffrés), la prolongation du bonus de pension a été incluse dans la “note Di Rupo” présentée en juillet par le formateur. Et  le gouvernement en affaires courantes vient de prolonger la mesure “en attendant”. Difficile de prétendre qu’il s’agit de saine gestion.