Mister Q dans “Les régimes spéciaux ne meurent jamais”

Comme nous l’écrivons dans « Retraites plombées », le recul de l’âge de la pré-pension et l’alignement des régimes couplé à la suppression de quelques avantages corporatifs ne changeront rien de fondamental. Ils ne constituent que des artefacts budgétaires, qui ne feront tout au plus que retarder l’inévitable explosion.

Corporatisme et régimes spéciaux

Sans surprise encore, ce sont les corporations directement touchées par les réformes qui se font le plus entendre. Ainsi, les journalistes professionnels contestent-ils le projet du ministre Van Quickenborne qui vise à supprimer leurs pensions complémentaires (lire ici le communiqué de l’AJP). Mais à bien y regarder, rien de nouveau sous le soleil ici non plus : l’histoire récente montre que les gouvernements belges ont pour habitude de se livrer au pillage des cotisations versées par les travailleurs eux-mêmes. Rappelez-vous les milliards du fonds de pension de Belgacom en 2004, le fonds de pension des travailleurs de la SNCB, ou plus récemment encore les fonds de pension des fonctionnaires locaux.

Un régime spécial intouchable

Avec une croissance anémique, des marchés frileux et des taux d’emprunt susceptibles de sursauter au moindre éternuement, le gouvernement gratte les fonds de tiroirs pour trouver ses 11 milliards et, surtout, pour s’obstiner à pérenniser un premier pilier « offrant » des pensions légales parmi les plus basses d’Europe.

L’indignation des citoyens est compréhensible. Nous n’allons pas nous borner à répéter ici ce que nous développons dans les 150 pages de notre livre. Nous aimerions juste, une fois encore, nous demander pourquoi les régimes spéciaux des parlementaires, fonctionnaires et mandataires continuent à ne faire l’objet d’aucune révision sérieuse, alors qu’ils pèsent considérablement plus lourd, pour les finances de l’État, que celles de quelques milliers de journalistes professionnels.

Tous les Belges égaux devant la loi?

En Belgique, les textes régissant les retraites des élus du peuple sont à l’exact opposé de ceux qui s’appliquent au commun des contribuables : extrêmement simples. L’article 66 de la Constitution charge le Parlement de gérer lui-même ses caisses de retraite. Il faut aller dénicher un règlement interne du Parlement pour en savoir plus. Les trois pages que vous pouvez consulter ci-dessous sont éloquentes.

Aujourd’hui, un parlementaire belge peut, en parfait accord avec les règles qu’il a lui-même approuvées, bénéficier d’une pension équivalant à 75% de sa rémunération parlementaire, après 20 ans seulement d’une « carrière complète » et ce, dès ses 52 ans. Pension cumulable, évidemment, avec celle(s) octroyées au terme de ses activités annexes, puisqu’en Belgique on est rarement parlementaire à temps plein. Dans une grande ville, un échevin peut, après avoir servi sa commune durant 8 ans, bénéficier d’une pension de 1.100 € cumulable jusqu’à la fin de ses jours.

Ajoutons que la gestion de la plupart de ces caisses de retraite s’effectue selon le principe de la capitalisation, que les parlementaires refusent obstinément d’ouvrir aux travailleurs belges, au nom de la solidarité.

Chiche?

Monsieur Van Quickenborne a promis « d’appliquer ce qu’il y a dans l’accord de gouvernement », ajoutant que les régimes spéciaux devaient évoluer vers le régime général. Pour rester crédible aux yeux des millions de Belges contraints de faire un effort, nous ne pouvons que l’encourager à inciter ses collègues parlementaires, mandataires et fonctionnaires de tous bords, à faire de même.

Les journalistes y seront attentifs.

 

Les lecteurs intéressés par les retraites parlementaires peuvent consulter cet édifiant reportage de la VRT. On y apprend qu’à 29 ans, la députée Nadia Sminate (N-VA) , après 5 ans de Parlement, a d’ores et déjà une pension garantie de 1292€/mois.