Pourquoi la réforme “Van Quick” ne résoudra rien

Les lecteurs de “Retraites Plombées” le savent, la question du financement du régime belge de pension légale est inscrite dans ses gènes. Elle résulte directement de la généralisation du système de répartition opérée dans la décennie qui a suivi la Seconde Guerre mondiale.

Un schéma pyramidal

La pension par répartition consiste à faire financer les retraites des travailleurs à la pension par les cotisations sociales des travailleurs encore actifs. Tant que les pensionnés sont peu nombreux et que les actifs constituent la majorité de la population, ce système peut tenir. Malheureusement, à l’instar des schémas pyramidaux  revenus récemment sur le devant de la scène grâce à Bernard Madoff, un tel système ne bénéficiera qu’aux premiers bénéficiaires. Au fur et à mesure que la cohorte des pensionnés s’agrandit, il faut un nombre de plus en plus élevé d’actifs pour financer leurs retraites.

Baby-boom, quand tu nous tiens…

Longtemps, ce fut le cas. Les décennies qui ont immédiatement suivi la guerre ont en effet été marqué par le “baby-boom”, une période de forte natalité qui s’est prolongé jusqu’au milieu des années 60, avant de céder peu à peu la place à une dénatalité tout aussi marquée que nous pourrions appeler le “baby-bust”. Vingt ans après le début du baby-boom, une foule d’actifs sont donc entrés sur le marché du travail. Une excellente nouvelle pour un schéma pyramidal. Malheureusement, l’entrain des couples en âge de procréer s’est progressivement estompé, sous l’effet des crises successives qui ont marqué le début des années 70.

Iceberg droit devant!

Mais voilà, dans le même temps, les premiers bébés du baby-boom se sont mis à vieillir. C’est la vie. Logiquement, ils devaient à un moment ou l’autre atteindre l’âge de la pension. Il ne fallait donc pas être grand clerc pour prédire le papy-boom. Regardez plutôt…

Structure de la population selon l'âge et le sexe : pyramide des âges - source: Office National des Pensions

L’an dernier, les gens nés entre 1945 et 1950 ont atteint l’âge de la retraite. Nous sommes donc aujourd’hui au début du “papy-boom”. Malheureusement. Car les choses vont aller en s’aggravant: regardez le gros renflement de la pyramide qui se profile à partir de l’année de naissance 1950! Il faudra vraissemblablement attendre que les bébés de 1979 prennent leur pension pour revenir au niveau que nous avons atteint cette année.

En soi, le vieillissement de la population n’a rien de consternant. Au contraire! C’est le résultat une évolution normale, commune à tous les pays industrialisés. Mais pour un système de pension par répartition, c’est une catastrophe! Moins de jeunes, plus de vieux, faites le calcul.

Cap droit devant!

Aujourd’hui, la réforme entamée par Vincent Van Quickenborne mettra fin à quelques privilèges qui venaient encore alourdir la gestion du système. Mais l’équation de base n’est toujours pas résolue: comment financer le papy-boom avec une base de cotisants qui se réduit comme peau de chagrin? Le Titanic des pensions continue donc sa course vers l’iceberg démographique. Et l’orchestre continue à jouer pour distraire les passagers…